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Les aventures d'Indy, gay à Paris - Indy sans Jones

Les aventures d'Indy, gay à Paris - Indy sans Jones

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#14 ressentis

#14 ressentis

#14 ressentis

Ce matin là, Sébastien était déjà dans le métro quand son téléphone afficha un texto de ma part à 9h24.

De : Indy – T'es dans quel coin ? Je n'arrive pas à te joindre, je suis dans un Franprix à Villiers il vient d'y avoir un braquage.

Pas étonnant que l'appel ne soit pas passé, le métro étant un long dédale de couloirs et tunnels où les ondes nous offrent du répit. L'homme avait marché sur la lune, en direct à la télévision dans le monde entier il y a près de cinquante ans, mais en 2016 le métro parisien devait encore être une zone hors-technologie. Comme les sous-sols du Cud, pensa Sébastien, pas moyen de s'échanger des SMS dans cette cave. Anyway.

De : Seb – What ? J'ai rdv pour une mission de graphiste, je suis dans le tromé. Je t'appelle dans 10 minutes.

Sébastien se demanda ce que je faisais à Villiers. J'avais découché mais Gabriel n'habite pas dans ce quartier. Il supposa un déplacement professionnel matinal et leva les yeux pour compter sur le plan de la ligne le nombre d'arrêts restants. Étant déjà en retard, il avait fait le calcul quelques minutes auparavant. Sept stations avant d'arriver.

Ce matin là, Gabriel était dans sa salle de bain et avait branché son iPhone sur une enceinte portative en Bluetooth. Sa playlist jazzy du matin fut interrompue brusquement par la sonnerie de son téléphone, amplifiée par le volume élevé des baffes. Il sursauta dans son application de crème censée masquer les ravages de la nuit écoulée, pendant laquelle il avait bu avec des collègues.

Mon prénom s'affichait sur l'écran et son haussement de sourcils marqua sa surprise d'un appel à 9h25. Il essuya le trop plein de crème sur le coin d'une serviette humide et chiffonnée, posée à côté du lavabo et décrocha. Oui, c'est Indy, je suis dans un Franprix au métro Villiers et y'a eu un braquage je suis un peu secoué et Sébastien ne répond pas. Ce dernier élément de ma phrase devait sans doute lui indiquer que je l'appelais car mon colocataire n'avait pas répondu précédemment. Je ne voulais pas être le faible. Je ne voulais être l'importun qui l'appelle car il est perturbé après avoir vu une arme à feu. Pour autant, c'était lui que j'avais en ligne. Gabriel m'annonça immédiatement son arrivée.

A force de persuasion, et d'une faille un instant de la surveillance policière, Gabriel put pénétrer dans la zone sécurisée après le braquage en même temps que la psychologue dépêchée par la police pour accompagner les témoins en ayant besoin. Il trouva le visage de la psy plutôt bienveillant et voulut à son tour sembler apaisé, alors que l'angoisse dominait son corps à cet instant précis. Il constata que son sourire semblait forcé, mais n'avait pas d'autre expression faciale en stock. La scène en elle-même étant angoissante : la police, les gyrophares, les badauds qui murmurent et prennent des photos, un ou deux journalistes locaux déjà présents, les couleurs criardes des brassards de la bridage criminelle et des cordons de sécurité. Gabriel s'imagina dans une scène de film. L'angoisse aussi de savoir dans quel état il allait me trouver, et de devoir adapter son comportement en fonction. Je n'étais alors son mec que depuis quelques semaines. Il me trouva assis dans l'entrée, seul au milieu des pas agités. Mon visage lui sembla serein et soulagé de le voir arriver. A peine s'est-il approché qu'il vit mon regard s'emplir de larmes.

Ce matin là était un début d'après-midi pour Jun, mon meilleur ami, qui terminait un tour du monde seul avec son sac à dos. Son téléphone vibra, ce qui le surprit car il était dans un coin reculé. Il recevait déjà peu de messages depuis quelques jours, c'était d'autant plus surprenant dans cette vallée verdoyante du Sud-Cambodge. Il arrivait à la fin de son périple, il le sentait. Non seulement ses réserves financières s'étaient amenuisées, malgré un voyage à l'économie, mais surtout il discernait en lui la montée du spleen du pays. Le texto provenait de Sébastien, c'était une première surprise.

De : Sébastien – Indy vient d'être témoin d'un braquage, je viens de l'avoir au tel, il va bien mais choqué. Je voulais te prévenir, j'le connais il ne voudra pas te déranger dans ton voyage. Et tu me connais, moi je ne m'en prive pas !

Jun leva les yeux sur l'étendue verte. Il était temps qu'il rentre. Fin du périple.