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Les aventures d'Indy, gay à Paris - Indy sans Jones

Les aventures d'Indy, gay à Paris - Indy sans Jones

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#13 braquage

#13 braquage

#13 braquage

Depuis maintenant quatre heures j'attendais dans le petit supermarché que la police termine de prendre les différents témoignages. Un homme avait braqué le Franprix au moment où je prenais une bouteille d'eau à l'intérieur. La vision de l'arme et la violence psychologique ressentie m'avaient beaucoup affectés, même si le moment était passé vite. J'avais assisté à la scène face à la caisse, impuissant et impassible. Je n'avais pas fuis, sans doute car je n'aurais pas su où aller. Et que me serait-il arrivé s'il s'était agit d'une attaque d'une autre ampleur, pour une autre motivation que l'argent, au nom d'une idéologie ou d'une religion ?

J'étais assis par terre dans les rayons et j'avais bu ma bouteille. Avant qu'il ne parte, le braqueur avait tiré une balle dans la vitrine des alcools sans que je ne comprenne bien pourquoi. Il avait été rattrapé en proche banlieue sur un scooter en compagnie d'un complice dans l'heure qui avait suivi. La police, qui avait été efficace, allait m'interroger. J'attendais patiemment et j'avais lu toutes les affiches devant moi. Les gâteaux bio à l’épeautre sont à 2,39 euros. C'est quasiment le même prix que le jus de pomme, également biologique et pressé en France. La carte de fidélité est gratuite. Il faut la demander à l'hôtesse de caisse, comme si seules des femmes pouvaient être derrière le lecteur du code barre. Les chèques ne sont plus acceptés, et cela semble autorisé par le code du commerce et de la consommation.

J'avais appelé Gabriel, mon mec du moment, et Sébastien, mon coloc, pour les prévenir et avoir du soutien. Gabriel est arrivé en même temps que la psychologue dépêchée sur les lieux pour accompagner les quelques clients ayant assisté à la scène. Elle avait un pas doux et un visage rassurant. Gabriel avait le visage fermé et un faux sourire en me voyant. Les journalistes étaient tenus à l'écart mais il réussit à me rejoindre à l'intérieur, je ne sais comment.

Il me caressa les cheveux et je me souviens parfaitement de son parfum, sucré mais mâle. C'est en le voyant que j'ai réussi à pleurer. J'ai senti les larmes se former dans chacun de mes yeux, gonfler jusqu'à ne plus pouvoir être retenues dans mes perles de vision et finalement se déverser sur mes joues. Des larmes chaudes, fruits de l'ébullition de ma honte, de ma détresse et de ma fatigue. Je ne pouvais pas oublier que j'avais passé la nuit avec Daniel, alors que c'est dans les bras de Gabriel que j'aurais dû être. Si jamais je n'avais pas dormi chez lui, je n'aurais pas eu à acheter cette bouteille dans ce supermarché, je n'aurais pas assisté à ce braquage et je n'aurais pas eu à élaborer un mensonge afin d'expliquer ma présence dans ce quartier. La situation était telle que Gabriel ne me posa pas la question. Il se contenta de me prendre dans ses bras, et je respirais son parfum sucré mais mâle, contre son polo de marque. Je me souviens que mon nez coulait et que j'avais peur de le salir. La psychologue m'expliqua plus tard que ce phénomène était absolument normal : se concentrer sur le futile pour faire passer le douloureux.

Je n'ai pu retrouver Sébastien qu'une fois arrivé à l'appartement. Je n'étais pas repassé par le bureau ce jour-là et mon obsession était de m'allonger et de dormir. Gabriel avait dû repartir, j'étais seul dans cette chambre obscure. Mon téléphone affichait de nombreux messages Facebook non lus, dont ceux de Jun, mon meilleur ami devant rentrer d'un long voyage et qui n'avait pas été informé des événements. Du moins le croyais-je, car il avait reçu un message de mon coloc. Je pris un instant pour le rassurer, d'un message laconique, avant de m'effondrer d'épuisement sur mon lit.

A mon réveil, Sébastien était présent à l'appartement et m'avait cuisiné quelques œufs en omelette. Il avait également acheté un paquet de réglisses. Ces petites attention me donnèrent immédiatement le sourire et je souhaitais tourner la page des instants difficiles qui, je le sentais, m'avaient traumatisés davantage que je ne le pensais.

De nouveaux messages s'affichaient sur mon écran et l'un d'eux se distingua immédiatement pour moi : je rentre demain, j'en ai besoin et j'ai besoin de te voir. Il venait de Jun.