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Les aventures d'Indy, gay à Paris - Indy sans Jones

Les aventures d'Indy, gay à Paris - Indy sans Jones

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#28 Clichés

#28 Clichés

#28 Clichés

Une semaine classique ? Mardi, en journée

 

Dans la salle de bain, sous la douche, Sébastien se frottait les cheveux avec son shampoing autant qu’il pouvait. Il regrettait l’idée de s’être fait teindre la crinière en bleu et tentait de retourner à une couleur plus classique. La veille, nous étions sortis. Mes retrouvailles avec Gabriel, mon mec, et notre retour dans le Marais. Au Complexe, Seb avait fait très forte impression en arrivant teint en bleu criard, sans que personne ne puisse réellement expliquer pourquoi. Pas même lui.

 

Son rendez-vous avec Sumo avait été fructueux et il avait une quasi carte blanche pour organiser une soirée spéciale dans moins de deux semaines. L'euphorie avait eu raison de sa chevelure et le réveil n'en était que plus douloureux.

Je n’avais pas eu le courage d’attendre qu’il termine de se frotter et j’étais juste entré me brosser les dents.

. Je veux perdre ces cheveux bleus, Indy ! Un ado m’a traité de Pokemon au bar. Ils sont odieux les gamins de nos jours !
. Tu étais et tu es encore bien pire, crois-moi.

Avais-je lancé la douche pleine de dentifrice mentholé, bon pour les gencives et l'émail et la blancheur et l'haleine et …

 

 

J'étais -comme d'habitude- en retard pour un rendez-vous pro, dans le nord de Paris. Une séance photos avait lieu pour illustrer un papier sur les banlieues et leur rapport à l'homosexualité. Je devais rencontrer quelques responsables associatifs ainsi que des jeunes. Mon rédac' chef souhaitait une galerie photo pour agrémenter le dossier. J'étais plutôt dubitatif, car la séance s'annonçait « clichée », à l'opposé de ce que je souhaitais rédiger. Mais dans l'équilibre budgétaire que nous cherchions, j'avais bien conscience que les rebeus à poil font du clic sur le site, et donc du fric.

Je pensais trouver plus de monde... Le hangar était désert et faisait résonner les voix du photographe et du mannequin. C'était clairement un shooting à petit budget, pas pour Vogue.

 

Le mannequin se présenta, dans sa veste Adidas et son bonnet.

. Bonjour, je m'appelle François.

François, j’ai d’abord trouvé que ça ne faisait pas très « cité ». Je n'ai d'ailleurs pas pu m'empêcher de rire un peu, avant de devoir expliquer ma surprise, pour ne pas le vexer. Il était très sexy, souriant et agréable. Il enchaînait les poses et tenues sensées représenter les homos de banlieue et j'étais clairement gêné d'une telle tournure.

 

. Oui, voilà, sois viril ! Regarde-moi en coin, oui c’est bien. La peau un peu luisante, c’est mieux, c’est bien.

Disait le photographe, un cinquantenaire un peu bedonnant, tout en prenant des tas de photos.
Avant une seconde série, le photographe vint vers moi.
. Je te tutoie, hein Indy ? Tu diras à ton boss que vu l’urgence de la commande, je n’ai eu que lui comme modèle. Il est né dans Paris et vient des Antilles, c'était pas la demande initiale m'enfin je ne fais pas de miracles. Là on a fait le collier militaire et on va faire avec capuche et style méchant. Si j’ai bien compris, il faut un dominateur.

 

Niveau domi, je pense qu'on pouvait mieux faire. La fin d'après-midi approchait et j'avais mes entretiens avec les associations.