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Les aventures d'Indy, gay à Paris - Indy sans Jones

Les aventures d'Indy, gay à Paris - Indy sans Jones

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#10 Gênes

#10 Gênes

#10 Gênes

Mon rédacteur en chef m'avait envoyé dans un café près de la Gare de Lyon afin de rencontrer un chanteur communautaire américain qui n'était pas tout à fait ma tasse de thé. J'avais dû écouter quelques uns de ses titres la veille et Seb avait craqué : je préférerais encore baiser avec Sardou pendant qu'il chante plutôt que d'écouter ta merde !

Quelle plaie. Pour se la jouer rock-star, le type avait acheté une bouteille de champagne… qu’il avait bu quasi seul. A 10 heures le matin, je suis peu enclin à me mettre une mine. Il semblait me draguer et j'étais plutôt flatté, mais relativement désespéré de la tournure de l'entretien, autant pour sa promo que pour mon papier. Je ressentais de plein fouet ma condition de journaliste pour un petit média gay, recueillant les états d'âme d'un chanteur homo aussi connu et aussi talentueux que ma tante Jocelyne, mais qui avait droit de citer dans notre rubrique « culture ».

Après trente bonnes minutes, un peu pompette, il était en train de m’apprendre des injures en anglais. Poétique. Je ne l'écoutais déjà plus quand son manager arriva. D'un regard il sentit le malaise, à la fois en observant la bouteille quasiment vide sur la table, et en croisant mon visage aussi enjoué qu'un merlan dans un filet. Mon visage exprimait tout à la fois mon désarroi face à ce moment gênant, et ma surprise de constater que ce chanteur avait un manager. Dans une tentative de rattrapage, ce dernier me convia à une soirée en rooftop dans un lieu stylé. Le manager s'occupait visiblement de plusieurs artistes et un showcase était donné ce soir là, sans que mon chanteur gay n'intervienne, ce qui était de nature à me rassurer.

Quand je pris mon manteau, ma liberté et mis les voiles, il bredouilla quelques mots mais je m'étais déjà éloigné, encore indécis sur ma participation.

J’étais dans la rue en plein Paris. Le temps était brumeux et crachin. Fraîche la matinée ! L'été peinait à arriver, il était présent par vagues. Mon portable contenait plusieurs nouveaux SMS. Mon collègue Julien, pour me demander mon heure de retour au bureau. Mon meilleur ami Jun, pour m'envoyer des photos de ses vacances. Un gars random pour reprendre contact. Je descendais dans le métro quand Gabriel m'envoya un SMS pour me proposer de se voir le soir-même. J'ai alors adopté la technique du « je-ne-réponds-pas-tout-de-suite-pour-montrer-que-je-suis-très-occupé » mais n'ayant pas tenu plus de quelques minutes, je lui envoyais une proposition d'aller à la soirée en rooftop.

Vers 21 heures, après avoir dîné, nous y étions et le manager, me voyant de loin, vint vers moi pour s'excuser une nouvelle fois. Je pris soin d'éviter de répondre à sa pseudo-blague visant à savoir si mon article serait bon. Une coupe de champagne étant à proximité, le moment était venu de profiter des bulles, de la chaleur retrouvée et de Gabriel, sexy comme jamais malgré sa fatigue visible.

Gabriel ne souhaitait pas dormir chez moi. Il travaillait le lendemain et je comprenais parfaitement son envie d'avoir ses propres habits à disposition le matin. J'avais d'ailleurs envie moi-aussi de mon lit, même si ma frustration et mon désir se traduisaient à chaque baiser répété par une excroissance que mon jean cachait difficilement.

Après un périple dont j’éviterai les détails, surtout marqué par un groupe de SDF, une pièce donnée, une déjection canine évitée et seize chansons zappées dans le mp3, j’arrivais à l’appart. Sébastien, mon coloc, devait être sorti. Mathieu, son cousin, était là, pour sa dernière nuit à squatter. Je l'avais presque oublié et je sortis une phrase de vieux. T'es debout à cette heure-ci toi ? Phrase de vieux. Surtout que l'écart d'âge entre nous deux ne devait pas dépasser les 10 ans.

. Tu ne veux pas faire un jeu avant de dormir ?

C’est à ce moment là que j’ai réalisé que je pouvais être très lubrique. Sans trop savoir pourquoi, mon esprit songea de suite à un jeu auquel je ne pouvais pas me permettre avec le cousin de Seb. Ma voix a dû me trahir car il enchaîna vite pour préciser que le jeu était de société, pour passer le temps, qu'il n'avait pas sommeil. Passer le temps à 2 heures du matin, il fallait vraiment être un étudiant en vacances pour sortir cette phrase. J'avais surtout envie de m'écraser contre mon matelas mais j'étais suffisamment bonne pâte pour accepter une partie de bonne paye. Assis par terre en tailleur au milieu de la nuit, je lançais les dés et comptais la banque avec un ado en tee shirt. Entre deux avancées de pions, j’observais son visage qui luisait légèrement par la chaleur de la pièce et la lampe à nos côtés. Situation complètement baroque.

Il me dépouilla et je ne pus plus cacher mes bâillements, exténué. Il me remercia, se pencha vers moi et au dessus du plateau m’embrassa à pleine bouche. Pour un hétéro il était bien peu farouche le petit. Sans dire un mot, perturbé, je disparus dans ma chambre. Mathieu avait un train le lendemain matin tôt. Jamais je ne l'ai revu. Et jamais Sébastien n'a su quoi que ce soit.