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Les aventures d'Indy, gay à Paris - Indy sans Jones

Les aventures d'Indy, gay à Paris - Indy sans Jones

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#4 Love wins

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#4 Love wins

Je marchais dans le froid, sous un petit crachin. Quelques heures plus tôt, je n'avais pas pris la mesure du drame dans les premiers instants, songeant d'abord à une fusillade de plus dans un pays si moralisateur et pourtant si décadent. Seb, mon coloc, avait même fait une blague sur le nom Orlando, l'associant au frère de Dalida.

. C'est sa mort qui aurait été tragique pour les gays !

Quand Julie reçut une nouvelle alerte info indiquant 50 vies fauchées par les balles dans ce club gay de la péninsule ensoleillée, la journée prit un sens différent. Le brunch était ingurgité, Sébastien regardait nerveusement Twitter, ma sœur me parlait mais mes pensées s'envolaient, se partageant entre les USA ce jour et les souvenirs déchirants d'un soir rouge sang de novembre. Je me mordais les joues pour ne pas pleurer, des vagues d'émotions montant en moi.

Mon téléphone sonna et je me levai d'un bond pour répondre dans un endroit plus calme. Fred, mon rédacteur en chef, m'appelait pour échanger avec moi sur les derniers événements. Un rassemblement devait se tenir le soir même à Paris et il souhaitait savoir si je pouvais le couvrir. Physiquement, je le pouvais. Psychologiquement …

Le 13-Novembre m'avait particulièrement bouleversé et apeuré. J'avais été – et je suis encore – en conflit avec moi-même face à ce sentiment de peur, le discours ambiant étant tout autre. Il faut continuer à vivre. Ils ne nous empêcheront de rien. On est plus forts que ça hein. Comment alors ne pas se sentir lâche et sale d'avoir si peur, d'être si atteint. J'avais envie de cracher à la gueule de tous ces beaux parleurs. Orlando venait raviver une plaie, une peur, un pire toujours possible.

J'ai répondu à Fred. Oui bien sur, je pourrai couvrir le rassemblement.

Je marchais dans le froid, sous un petit crachin. Quelques heures après l'annonce et alors qu'un rassemblement débutait au coin de Rambuteau. Sébastien n'avait pas voulu venir, Julie m'avait accompagné. Une petite centaine de participants s'était présentée à 21 heures au point de rendez-vous et écoutait sagement les prises de parole des représentants d'assos LGBT. Sagement et péniblement, le porte-voix étant cassé. Crises budgétaires ?

Alors qu'un jeune homme annonçait que nous allions garder la tête haute et continuer à remplir les bars, un participant à côté de moi m'arracha un sourire timide.

. Y'a pas qu'les bars qu'on va remplir

Le visage de Julie était particulièrement fermé. Inhabituel. Je croisai là-bas plusieurs connaissances qui me permirent de penser à Orlando de façon différente. Un jeune militant croisé plusieurs fois en bars et chez des amis voulait absolument ramener cela à des aspects politiques et je crois avec le recul que ma demande qu'il se taise fut un peu sèche.

Un rapide passage par le bureau, seul, permit de publier un premier article sur le site du journal. Je n'avais qu'une hâte : rentrer à l'appart et quelques minutes suffirent à franchir la porte. Seb était assis sur le canapé face à l'entrée. Je me suis assis à côté de lui, contre lui. Sans dire un mot. Nous avions envie de calme, ce dimanche là.